Wednesday, November 11, 2015

Les femmes Kalash vivent dévoilées et portent des robes flamboyantes, ce qui énerve les musulmans intégristes du Pakistan

Chez les Kalash, minuscule minorité animiste dans le nord-ouest du Pakistan, les femmes sont dévoilées et leurs robes flamboyantes - au grand dam de musulmans conservateurs qui les accusent d'avoir déclenché une colère divine à l'origine, selon eux, du séisme qui a anéanti des villages entiers en octobre.

Les habitants du district de Chitral, dans l'extrême nord-ouest du pays, souffrent toujours des conséquences de la longue secousse de magnitude 7,5 qui a tué près de 400 personnes au Pakistan et en Afghanistan. Le séisme a frappé trois mois après des inondations qui avaient déjà dévasté Chitral, et des milliers de familles se retrouvent sans abri alors que l'hiver s'installe dans cette contrée très montagneuse.

A l'opposé de ce qu'exigent les musulmans fondamentalistes

Chitral est apprécié des touristes pour ses splendides vallées verdoyantes, mais aussi parce que c'est le berceau du peuple kalash, connu pour la beauté de ses femmes à la peau pâle et aux yeux clairs. Ce peuple ancien et polythéiste, qui constitue la plus petite minorité du Pakistan, a sa propre langue et honore ses dieux par de la musique, des danses et de l'alcool qu'il vinifie lui-même.


"S'il y a eu un séisme, c'est à cause des Kalash!"

Mais la consommation de vin, interdite par l'islam, et le fait que les femmes dansent et vivent dévoilées contrarient nombre de musulmans de la région qui invoquent la colère d'Allah.

"Les gens disent qu'il y a eu un séisme à cause des Kalash", rapporte une étudiante kalash, Shira Bibi, rencontrée par l'AFP dans le village de Brun, haut perché dans la région de Bumburate.

Son regard direct et son franc-parler, typiques des femmes kalash, détonnent avec le comportement des femmes dans les montagnes du Pakistan, pays conservateur et patriarcal.


Elle a été apostrophée en rue à cause de ses habits traditionnels

Sa longue tresse noire dépasse d'une coiffe en perle et sa robe est ornée de broderies aux couleurs éclatantes. Cette tenue traditionnelle lui a valu d'être prise à partie dans la ville de Chitral, où elle étudie, à 100 km de son village.

"J'étais en route pour venir ici après le séisme, habillée en tenue kalash traditionnelle, et dans la ville de Chitral un vieil homme m'a dit 'Ma fille, ne te balade pas comme ça. Ne vois-tu pas qu'il y a des séismes à cause de toi ?' Voilà ce que les gens disent", raconte-t-elle.

 Les Kalash ne seraient plus que 4.000

Des chercheurs estiment que les Kalash pourraient être originaires du Moyen-Orient antique, ou être des descendants de soldats de l'armée d'Alexandre le Grand, qui avaient conquis cette région au IVe siècle avant notre ère.

Ils dirigeaient Chitral il y a quelques siècles, mais de nos jours, ils ne sont plus qu'une minorité dans leurs vallées, à peine un tiers des 12.000 habitants, selon une organisation locale, le réseau de développement du peuple kalash (KPDN).

Ils seraient forcés d'abandonner leur religion

Leur survie est d'autant plus incertaine qu'ils font face à ce que le dirigeant de KPDN, Luke Rehmat, qualifie de "conversion institutionnalisée" par une société qui "pousse systématiquement les Kalash à abandonner leur religion".

Jusqu'à cette année, leur foi n'était pas reconnue comme religion officielle par l'Autorité nationale chargée de l'état civil, et selon M. Rehmat, les enfants kalash n'ont pas d'autre choix que d'étudier l'islam à l'école.

"Dans d'autres régions du Pakistan, les non-musulmans peuvent suivre un cours de morale au lieu du cours d'islam", mais pas ici, déplore-t-il.

Les petits ne connaissent plus leur culture

Les enseignants présentent l'islam comme une "religion supérieure" et "font du lavage de cerveau aux petits enfants", explique-t-il. "Résultat, quand ils grandissent, ils ne connaissent rien à leur propre culture, ni aux traditions kalash. Et ils se tournent vers d'autres voies".

Près de 100 Kalash se sont convertis à l'islam ces dernières années, selon M. Rehmat, ce qui n'est pas sans créer des tensions familiales.

Des conversions excluantes qui brisent des familles

"C'est vraiment difficile", raconte une autre habitante de Brun, Diana Bibi, au sujet de la conversion de sa soeur, qui porte le niqab, le voile intégral, et refuse d'assister aux cérémonies kalash. "Quand on a des événements familiaux, des funérailles, on ne peut pas y participer ensemble. On ne peut être ensemble ni dans les moments de joie, ni dans les moments de tristesse".

Le gouvernement dément: "il y a des projets destinés à préserver le culture kalash"
Le responsable adjoint des services administratifs de Chitral, Omar Warraich, dément toute conversion forcée. "Ce sont des gens pauvres appartenant à un groupe aux revenus modestes. Des gens venant d'autres régions du pays leur proposent de l'argent pour se convertir", explique-t-il à l'AFP, citant notamment le cas de "riches musulmans qui souhaitent épouser des filles kalash".

Le gouvernement mène des projets destinés à préserver la culture kalash, assure-t-il, notamment en donnant des terres pour un cimetière, et en cherchant des débouchés économiques.

"Nous essayons de relancer le tourisme dans la région en préservant la culture kalash, car il s'agit de la meilleure attraction touristique du pays", selon lui.

"Tous les musulmans ne considèrent pas les Kalash comme responsables des calamités et des destructions", tempère Zafar, un membre de la minorité.

Mais un villageois de Chitral n'en démord pas: les "péchés des Kalash" sont la source de tous les maux.

"Il y a trois mois, Allah a vu les Kalash pratiquer leur foi, et il y a eu des inondations, puis il les a vus à nouveau, et il y a eu un séisme. Dans un mois il va les voir à nouveau, et il y aura du blizzard dans la vallée", assure Nazai Gai.

  rtl.be
11/11/15

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